article ARCHITECTURE PARASITAIRE, in eTc revue d'art actuel #87, Montreal (Canada), Sept., Oct., Nov. 2009, p. 5-9

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L'honorabilité et l'hospitalité sont inscrites dans l'étymologie du mot « parasite » : littéralement
« celui qui mange à côté de », qui accompagne. Dans la Rome antique, le mot désignait l'intendant des temples : il perçoit le blé pour les prêtres, organise et mange les festins et offrandes faites aux dieux. Le parasite est une figure du même, un double de son hôte. Rapidement, il entretient et égaie la conversation, troque les bons morceaux pour les bons mots. Le parasite divertit les riches convives par son esprit et sa conversation : c'est un poète d'une grande liberté de parole et un bouffon satiriste. Fin gourmet respecté, il vole l'hôte qui ne le nourrit pas assez bien à son gré. Avec le temps, « celui qui mange à côté de » devient « celui qui mange aux dépens de ». Il devient imposteur, importun, frénétique, personnage de comédie, fanfaron gourmand et avide glouton. Le terme parasite s'applique alors exclusivement à des humains. Les sens figurés de gênant, nuisible, encombrant et superflu se développent à partir du début du XVIIIe siècle. On découvre que le terme peut sappliquer aux formes vivantes qui se développent aux dépens d'autres types d'organismes. Ce n'est qu'au début du XIXe siècle que les parasites font leur apparition en histoire naturelle, définissant des êtres puisant chez des espèces différentes les éléments de leur vie. L'hôte, offrant son hospitalité, représente la table mais aussi la maison. En 1932 apparaît le parasite de la communication à distance, en tant que perturbation qui trouble la réception des signaux de télégraphie sans fil, un bruit qui interfère dans la transmission d'un message. Il s'applique depuis peu à l'informatique, dont les virus se reproduisent via un programme hôte suivant une évolution non contrôlée, qui détruit ou ralentit tout fonctionnement.

Au moment où se développe le sens métaphorique, le sens social et premier d'invité aimable, bel esprit et poète s'estompe. Au XXe siècle, les domaines d'application du terme se sont élargis progressivement. Le mot désigne maintenant : le perturbateur humain (invité abusif), biologique (forme qui se développe aux dépens d'une autre) et le perturbateur communicationnel (langue ou bruit, virus d'ordinateur). Avec le temps se développe une intellectualisation progressive de la notion, passant de la description d'un objet social à une réflexion sur les modes de transmission et les conditions de la compréhension. Ainsi, en 1982, Michel Serres, dans Le parasite, énonce les éléments fondateurs dune figure de logique. Puis en 1995, le biologiste Hideaki Sena fait paraître l'oeuvre de science-fiction Parasaito Ivu (Parasite Eve), qui deviendra un film, puis trois jeux vidéo. Le personnage principal y est soumis à une entité idéale, une muse qui parasite son imaginaire d'un amour à jamais inatteignable qui le pousse à l'union par combustion avec son double. Finalement, sous la direction de Myriam Roman et Anne Tomiche, paraît en 2001 l'étude littéraire Figures du Parasite, qui retrace lévolution historique et les contradictions dans l'usage du terme.

Récemment, une certaine forme d'architecture a pris le nom de parasitaire. De nouvelles formes d'actions voient le jour dans les interstices de la discipline et des territoires qu'elle occupe. Lorsqu'en 2003, la Parasite Foundation approche SKOR (Foundation for Art and Public Space) afin d'organiser l'exposition Parasite Paradise, de réaliser quelques Paradise Spots près de la ville hollandaise d'Utrecht dans les années qui suivent, et de publier A Manifesto for Temporary Architecture and Flexible Urbanism, elle définit le terme parasite comme acronyme de « Prototypes for Amphibious...




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